Ce mercredi 14 janvier 2015, Charlie Hebdo publiait son premier numéro après l’attaque qui a coûté la vie à 12 personnes, le 7 janvier. L’hebdomadaire satirique a choisi de consacrer sa couverture au prophète Mahomet. Selon moi, c’est la seule couverture qu’ils pouvaient publier.

Sous le titre « Tout est pardonné », la couverture présente un dessin de Mahomet pleurant, tenant une pancarte où l’on peut lire, « Je suis Charlie », un slogan qui a uni les gens du monde entier en solidarité tant avec la publication qu’avec la liberté d’expression.

Le choix du dessin est fort et l’artiste qui l’a dessiné, Renald Luzier, courageux. Cette illustration, comme la semaine de manifestations qui l’a précédée, représente un acte de défi non violent en faveur de la liberté d’expression. Elle s’affiche haut et fort en réponse à ceux qui cherchent à intimider les auteurs et montre au monde qu’ils ne succomberont pas aux désirs des terroristes au moment de prendre leurs décisions éditoriales.

C’est le cœur même de la liberté d’expression. Elle nous rappelle combien il est important de combattre toute menace pesant sur elle, peu importe sa gravité, avec passion et sans relâche.

Les illustrateurs, photo-journalistes, reporters, artistes, auteurs, poètes, dramaturges, musiciens, photographes, philosophes… au travers leur travail quotidien révèlent des perspectives inédites, éclairent les hypocrisies et expriment leur vérité face au pouvoir. Personne n’a à être d’accord avec ce qu’ils disent, ni-même l’obligation de les écouter : il s’agit juste d’un choix individuel. Mais personne ne doit chercher à les faire taire, que ce soit avec des Kalashnikov, comme nous l’avons vu dans les attaques des dernières semaines, ou en utilisant des méthodes fortes d’intimidation ou d’emprisonnement. Et pourtant, chaque jour, dans le monde entier, des hommes et des femmes sont menacés parce qu’ils utilisent cette liberté d’expression et nous devons nous dresser contre cela.

En 2014, dans le monde entier, 61 journalistes ont été tués, 221 emprisonnés et de nombreux autres ont été exilés ou portés disparus, selon le Comité pour la protection des journalistes (je siège à leur conseil d’administration). C’est effrayant et inacceptable. Ces atrocités commises sont une attaque aux droits de l’Homme et son élémentaire liberté d’expression personnelle. Elles devraient être considérées comme intolérables pour quiconque croit en la liberté.

Renald Luzier et Charlie Hebdo ont pris position. Getty Images les soutient.

Lire notre entretien avec l’éditeur en chef adjoint de Paris Match à propos de l’attaque de Charlie Hebdo et son atteinte à la liberté de la presse.